Peut-on être utilisé par Dieu… et pourtant loin de Lui ?

Quand servir Dieu devient plus important qu’obéir à Dieu

« Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? Et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ?

Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus ; retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. »

— Matthieu 7:22-23

Dieu préfère notre obéissance à nos sacrifices.


Un homme puissamment utilisé par Dieu

Marcus avait été cet homme qui, un jour, avait rencontré Dieu.

Comme les disciples avant lui, il avait tout quitté quand Dieu lui avait dit : « Suis-moi. »

Et pendant des années, Dieu l’avait utilisé.

Partout où Marcus passait, les salles se remplissaient.

Les croisades chrétiennes étaient pleines à craquer. Les malades étaient guéris. Des familles témoignaient de miracles. Même ses prophéties semblaient toujours s’accomplir.

On l’attendait partout.

On criait son nom avant même qu’il monte sur l’estrade.

Marcus avait appris à baisser les yeux quand on le félicitait.

À sourire doucement.

À répondre :

« Toute la gloire revient à Dieu. »

Avec le temps, il avait fini par croire que cela s’appelait l’humilité.

Cette année-là, Marcus avait été invité à une immense conférence évangélique réunissant les plus grands prédicateurs du moment.

Son visage était sur les affiches principales.

Son nom ouvrait la conférence.

Une lourdeur inexplicable avant la conférence

Cette nuit-là pourtant, il dormit mal.

Il se tourna plusieurs fois dans ses draps avant de finir par trouver le sommeil. Mais à peine ses yeux s’étaient-ils fermés que le réveil vibra déjà sur la table de nuit.

Marcus passa une main fatiguée sur son visage.

Le plafond était encore plongé dans l’obscurité.

Pendant quelques secondes, il resta assis au bord du lit, les coudes sur les genoux, le regard perdu dans le vide. Puis, comme chaque matin, il se laissa glisser au sol.

— Seigneur… cette conférence est pour Toi. Plus de quatre-vingt mille billets ont été vendus… glorifie Ton nom aujourd’hui.

Un silence.

Marcus baissa légèrement la tête.

— Et glorifie-nous aussi. Amen.

Il resta immobile quelques secondes après la prière.

Puis quelque chose se serra dans sa poitrine.

Une lourdeur étrange.

Marcus inspira profondément avant de se relever lentement. Il se dirigea vers la fenêtre de la chambre d’hôtel et l’ouvrit brusquement. L’air froid du matin lui frappa le visage.

Il ferma les yeux.

Pendant un instant, il espéra que cette sensation disparaîtrait.

Mais non.

L’angoisse était toujours là. Compacte. Silencieuse. Coincée contre ses côtes comme une pierre.

Au loin, la ville s’éveillait déjà.

Marcus passa une main sur sa nuque avant de refermer la fenêtre.

Il ne comprenait pas ce malaise.

Et honnêtement, il n’avait pas envie d’essayer.

Alors il partit se préparer.

Une musique chrétienne douce remplissait bientôt la pièce pendant qu’il nouait sa montre autour de son poignet.

Veste parfaitement repassée.

Chaussures cirées.

Sourire maîtrisé devant le miroir.

Trente minutes plus tard, il quitta enfin sa chambre.


La rencontre dans l’ascenseur

Devant l’ascenseur se tenait un vieil homme.

Très grand. Très maigre.

Ses mains ridées reposaient sur le pommeau d’une vieille canne en bois.

Les deux hommes échangèrent un simple signe de tête avant d’entrer ensemble dans l’ascenseur.

Le silence s’installa immédiatement.

On entendait seulement le léger bourdonnement de la cabine.

Marcus regardait les chiffres défiler au-dessus des portes métalliques.

Rez-de-chaussée.

Les portes s’ouvrirent enfin.

Marcus fit un pas dehors avant de remarquer que le vieil homme, lui, n’avait pas bougé.

Marcus se retourna légèrement.

— Vous ne venez pas ?

Le vieil homme leva lentement les yeux vers lui.

Puis un étrange sourire apparut au coin de ses lèvres.

— J’ai pourtant payé mon billet… et fait huit heures de vol pour venir.

Marcus fronça légèrement les sourcils.

Le vieil homme continua calmement :

— Mais en vous voyant… le Saint-Esprit vient de me confirmer qu’Il n’est pas ici.

Un silence.

Puis il ajouta presque doucement :

— Enfin… pas avec vous.

Marcus sentit son ventre se nouer.

Mais déjà les portes se refermaient.

Le vieil homme disparut derrière l’acier froid de l’ascenseur.

Marcus resta immobile au milieu du hall.

Autour de lui, des bénévoles couraient dans tous les sens. Certains transportaient du matériel. D’autres riaient déjà près des stands d’accueil.

Mais lui ne bougeait plus.

Les paroles tournaient encore dans sa tête.

« Pas avec vous. »

Comment ça, pas avec lui ?

Marcus avait jeûné pendant un mois entier pour cette conférence.

Il avait prié.

Veillé.

Préparé ses messages.

Et puis… Dieu l’avait toujours utilisé.

Toujours.

Alors pourquoi cette phrase lui avait-elle donné l’impression d’être soudain vide ?

Marcus avala difficilement sa salive avant de regarder sa montre.

Pas le temps.

La conférence allait commencer.


Une foule immense… mais un cœur vide

Quelques minutes plus tard, les portes de la grande salle s’ouvrirent.

Une vague d’acclamations éclata aussitôt.

Quatre-vingt mille personnes.

Des lumières immenses balayaient la foule. Des écrans géants diffusaient son visage pendant que la musique montait dans les enceintes.

Marcus inspira profondément avant d’entrer sous les projecteurs.

Le public se leva immédiatement.

Certains pleuraient déjà.

D’autres tendaient les bras vers lui.

Marcus sourit.

Puis il prit le micro.

Et comme toujours, les mots vinrent facilement.

Le message était puissant.

Les gens criaient.

Priaient.

Tombaient à genoux.

Des guérisons furent annoncées.

Des conversions aussi.

Et quand Marcus quitta finalement l’estrade, les organisateurs le regardaient comme un homme qui venait encore d’accomplir quelque chose d’extraordinaire.

Mais au fond de lui, cette lourdeur n’était pas partie.

Au contraire.

Elle s’était aggravée.

Marcus s’éclipsa rapidement, comme il le faisait souvent après ses prédications.

Il disait toujours qu’il avait besoin de se ressourcer après avoir servi Dieu.

Mais ce soir-là, même lui ne savait plus vraiment ce qu’il cherchait.

Il marcha longtemps dans les jardins de l’hôtel.

L’air était devenu frais.

Au loin, on entendait encore les chants provenant de la salle principale.


« Vous n’étiez plus avec Lui »

« Vous n’étiez plus avec Lui »

Puis Marcus ralentit soudainement.

Le vieil homme était là.

Assis seul sur un banc.

Comme s’il l’attendait.

Marcus hésita quelques secondes avant de s’approcher. Puis il s’assit lentement à côté de lui.

Le bois grinça sous son poids.

Le vieil homme gardait les yeux fixés devant lui.

— Alors ? demanda-t-il finalement.

Marcus eut un léger sourire fatigué.

— Vous auriez dû venir.

Sa voix était presque amère.

— Vous ne savez pas ce que vous avez raté.

Le vieil homme tourna enfin la tête vers lui.

Ses yeux étaient calmes. Trop calmes.

— Dieu vous aime, Marcus.

Marcus baissa légèrement les yeux.

— Vous savez… quand Dieu vous a appelé, Il était fier de vous.

Un silence.

— Mais aujourd’hui… êtes-vous encore fier de l’homme que vous êtes devenu ?

Marcus sentit sa gorge se serrer.

Il détourna les yeux vers les arbres.

— Je ne comprends pas.

Le vieil homme hocha lentement la tête.

— Si. Vous comprenez.

Marcus ne répondit rien.

Le vieil homme reprit doucement :

— J’ai exagéré tout à l’heure. Dieu est toujours là où des hommes ont soif de Lui. Voilà pourquoi des vies ont été touchées aujourd’hui.

Il marqua une pause.

— Mais vous…

Son regard revint sur Marcus.

— Vous n’étiez plus avec Lui.

Le silence qui suivit fut presque insupportable.

Marcus sentit ses mains se refermer lentement l’une contre l’autre.

Le vieil homme continua :

— Ce soir, dans votre chambre, vous allez remercier Dieu pour les miracles… pour les guérisons… pour les conversions.

Sa voix était calme.

Sans colère.

Et c’était peut-être ça le pire.

— Mais quand tout sera silencieux… et que vous serez enfin seul avec Lui…

Il se pencha légèrement vers Marcus.

— Que vous répondra-t-Il ?

Marcus sentit ses yeux brûler.

Pour la première fois depuis longtemps… il n’avait plus envie de parler.

Le vieil homme se leva lentement avec sa canne.

Puis il posa une main légère sur l’épaule de Marcus.

— Ce ne sont pas ces quatre-vingt mille personnes qui vous attendaient.

Marcus releva lentement les yeux vers lui.

— C’étaient les quinze habitants de ce petit village.

Le vent traversa doucement les arbres autour d’eux.

— Mais certaines voix applaudissent plus fort que Dieu.

Marcus sentit quelque chose se briser silencieusement en lui.

Le vieil homme retira doucement sa main.

— Il n’est pas trop tard pour obéir.


Quand Dieu nous avertit avant notre chute

Dieu désire faire de grandes choses avec nous.

Il désire nous utiliser, nous envoyer et faire de nous des témoins de Son amour partout dans le monde.

Mais avant les foules, avant les plateformes, avant les projets ou les ministères… Dieu désire avant tout notre obéissance.

Il désire que, dans le secret, nous soyons encore capables de fléchir les genoux et de Lui demander sincèrement :

« Seigneur… est-ce vraiment Ta volonté ? »

Car il est possible de parler de Dieu, de servir Dieu, d’être utilisé par Dieu… tout en s’éloignant silencieusement de Lui.

Dans cette histoire, Marcus a reçu une immense grâce : celle d’être averti avant de se perdre complètement.

Dieu ne l’a pas humilié devant la foule.

Il ne l’a pas abandonné publiquement.

Il lui a envoyé une voix.

Une voix pour lui rappeler qu’il est possible d’accomplir de grandes choses pour Dieu… sans pourtant marcher réellement avec Lui.

La gloire, les applaudissements, l’influence, la réussite ou l’argent peuvent finir par étouffer doucement la voix de Dieu dans un cœur si nous ne faisons plus attention.

Alors apprenons à rester humbles.

Gardons un cœur pauvre devant Dieu.

Un cœur capable d’obéir même lorsque personne ne regarde.


Et toi… où en es-tu avec Dieu ?

Es-tu encore là où Dieu t’avait demandé d’être ?

Ou as-tu commencé à poursuivre quelque chose qui nourrit davantage ton image que ton obéissance ?

Peut-être que, comme Marcus, Dieu essaie encore de te parler avant que ton cœur ne s’éloigne davantage.

Peut-être qu’au fond de toi… tu sais déjà ce qu’Il te demande.

Et peut-être qu’il n’est pas trop tard pour revenir à Sa volonté.

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