Quand un pasteur tombe : faut-il le juger ou prier pour lui ?

Dans cet article

Quand un pasteur tombe, que faisons-nous ?

Dimanche dernier, en rentrant chez moi, je suis tombée sur une vidéo qui parlait d’un pasteur qui avait chuté. J’ai regardé, puis j’ai lu les commentaires. Mais avant même d’être frappée par ce que les gens écrivaient, mon cœur s’est serré à cause de la chute elle-même.

Je me suis demandé : 

Seigneur, qu’est-ce que cela te fait de voir encore l’un de tes enfants tomber ? 

Un pasteur, un prêtre, ou simplement quelqu’un comme moi. Combien de fois nous vois-tu revenir vers les mêmes péchés alors que tu nous appelles à marcher avec toi ?

Puis une autre question m’a traversée : 

Reste-t-il encore des hommes et des femmes qui craignent vraiment Dieu ? Si même ceux qui lisent la Bible, l’enseignent et prient depuis des années peuvent tomber, comment allons-nous tenir, nous aussi ?

Dieu avait encore sept mille personnes qu’Élie ne voyait pas

C’est en pensant à cette question que je me suis souvenue d’Élie. Il croyait être resté seul à servir Dieu. Autour de lui, il ne voyait plus que des personnes qui s’étaient détournées du Seigneur. Pourtant, Dieu lui a répondu :

« Je garderai en Israël un reste de sept mille hommes : tous les genoux qui n’auront pas fléchi devant Baal. »

1 Rois 19:18

Élie ne les voyait pas. Mais Dieu savait qu’ils étaient là.

Cela m’a réconfortée.

Quand un scandale éclate, il prend toute la place. On voit la vidéo, on lit les commentaires, on entend les mêmes faits racontés partout. On peut finir par croire que tous ceux qui servent Dieu vivent ainsi. Mais il y a encore des pasteurs, des prêtres et des chrétiens qui le craignent sincèrement. Leur fidélité fait moins de bruit. Elle existe quand même.

Je ne dis pas cela pour diminuer ce qui s’est passé. Ce qu’a fait cet homme est mauvais. Je dis seulement qu’une chute, même très visible, ne représente pas tous les serviteurs de Dieu.

Faut-il attendre qu’un pasteur tombe pour dire qu’il était faux ?

Quand un pasteur chute, certains disent aussitôt : « C’était un faux pasteur depuis le début. »

Peut-être.

Il existe de faux hommes de Dieu. Jésus nous avertit qu’on les reconnaît à leurs fruits.

Mais pourquoi attendre une chute publique pour exercer notre discernement ?

Quand nous écoutons quelqu’un prêcher, demandons-nous ce qu’il enseigne réellement. Est-ce conforme à la Parole de Dieu ? Comment traite-t-il les personnes autour de lui ? Peut-on lui poser une question ou le reprendre ?

Et surtout, ouvrons nous-mêmes notre Bible. Nous ne devrions pas dépendre entièrement d’un pasteur pour connaître ce que Dieu dit.

Une personne peut aussi cacher longtemps ce qu’elle fait.

L’histoire de l’abbé Pierre le montre douloureusement. Les témoignages concernant les violences qu’il a commises ont été rendus publics après sa mort. Beaucoup de personnes l’admiraient sans connaître ces faits. Certaines victimes avaient pourtant parlé de son vivant et n’avaient pas été entendues. Si leur parole n’avait jamais été rendue publique, cette image de lui aurait-elle changé ?

On ne peut donc pas dire qu’un homme est fidèle à Dieu simplement parce qu’aucun scandale ne le concerne. Et on ne peut pas décider, à partir d’une seule chute, que tout ce qu’un autre a vécu avec Dieu était faux.

Je ne connais pas le pasteur de la vidéo. Je ne sais pas ce qu’il y a dans son cœur. Je peux condamner ce qu’il a fait sans prétendre connaître toute sa vie. Si nous disons qu’un pasteur qui pèche est automatiquement un faux chrétien, que dirons-nous de nous-mêmes lorsque nous tombons ? Son rôle lui donne de grandes responsabilités. Il ne fait pas de lui un homme incapable de pécher.

Comment peut-on servir Dieu si longtemps et tomber quand même ?

Cette question m’a poursuivie après la vidéo. Comment peut-on marcher avec Dieu pendant cinq ans, dix ans, vingt ans, et tomber ?
Je n’ai pas la réponse pour cet homme.

Mais je pense à un danger que je vois aussi dans ma propre vie.

Quand nous avons un service dans l’Église, nous pouvons finir par y consacrer plus de temps qu’à Dieu lui-même.

Un pasteur prépare ses prédications. Un chantre cherche les chants. Moi, je peux chercher quoi écrire pour mon prochain livre ou mon podcast.

Nous prions pour que Dieu nous donne les bons mots, les bonnes idées, la bonne direction. Nous pouvons même jeûner pour que ce que nous préparons porte du fruit.

Et tout cela prend du temps. Mais quand nous mettons-nous à genoux sans rien avoir à préparer ?

Quand disons-nous : « Seigneur, aujourd’hui, je ne viens pas te demander de bénir ce que je fais. Je viens pour être avec toi. Qu’y a-t-il dans ton cœur ? Et que vois-tu dans le mien ? »

C’est pour cela que le chant The Heart of Worship me touche. Il me rappelle que Dieu ne regarde pas seulement la chanson que je lui apporte. Il regarde ce qu’il y a en moi. Je pourrais lui apporter une belle prédication, un livre ou un podcast et avoir oublié de lui donner mon cœur.

Je ressens la même chose en écoutant Nothing Else. Parfois, j’ai besoin de revenir à cette simplicité : être dans la présence de Jésus, sans venir d’abord chercher quelque chose à obtenir ou à produire.

Je ne dis pas que toutes les chutes viennent de là. Je me demande simplement si, à force de nous occuper de notre service, nous n’oublions pas parfois celui que nous servons. Cette question concerne le pasteur, le prêtre, le chantre, la personne qui sert, et moi la première.

Comment peut-on servir Dieu si longtemps et tomber quand même ?

Il faut également parler de nous. De ceux qui sont assis dans les assemblées. De ceux qui suivent les prédications sur Internet. De ceux qui admirent tellement un responsable spirituel qu’ils le défendent avant même d’écouter ce qu’on lui reproche.

Arrêtons d’idolâtrer les hommes de Dieu. 
Respectons-les.

Honorons la responsabilité qu’ils portent.

Mais n’en faisons pas des personnes au-dessus des autres.

Un pasteur reste un homme.

Un prêtre reste un homme.

Il a des yeux, des émotions, des faiblesses et des tentations comme nous. Il a besoin de Dieu comme nous. Et il a besoin de prière.

Paul lui-même demandait aux chrétiens de prier pour lui.

« Frères, priez aussi pour nous. »

1 Thessaloniciens 5:25

Alors pourquoi pensons-nous parfois que nos responsables sont assez forts pour porter tout le monde sans avoir besoin, eux aussi, d’être portés ?

Dans Exode 17, Josué combat pendant que Moïse se tient sur la colline, les mains levées. À un moment, Moïse fatigue. Aaron et Hur lui donnent de quoi s’asseoir et soutiennent ses mains, chacun d’un côté. Ils ne lui reprochent pas d’être fatigué. Ils restent près de lui.

Cette image me fait penser à nos pasteurs et à nos prêtres. Nous prions souvent :

« Seigneur, donne-lui encore plus d’onction. Donne-lui une parole puissante dimanche. »

Prions aussi :

« Seigneur, garde son cœur. Garde-le de l’orgueil. Aide-le à reconnaître une tentation et à demander de l’aide. Mets près de lui des personnes qui sauront lui dire la vérité. »

N’attendons pas qu’un responsable tombe pour commencer à prier pour sa vie avec Dieu… ou pour nous moquer de lui.

Quand il tombe, quelle est notre première réaction ?

Je vais le dire clairement : je condamne sa faute. Je ne demande à personne de fermer les yeux, de couvrir ce qui s’est passé ou de faire comme si les personnes blessées n’existaient pas.

S’il a fait du mal, il doit reconnaître les faits et en assumer les conséquences. Ceux qui ont souffert doivent être écoutés. Si les faits relèvent de la justice, ils doivent pouvoir être portés devant elle. Selon ce qu’il a fait, cet homme peut devoir quitter son ministère. Même s’il se repent, cela ne signifie pas qu’il devra un jour retrouver sa place.

Mais je me demande aussi ce que nous faisons, nous, devant sa chute. Combien de commentaires allons-nous écrire ? Combien de vidéos allons-nous regarder ou partager ? Et parmi tous ceux qui ont vu cette histoire, combien se sont mis à genoux pour prier ?

Je ne parle pas des personnes blessées qui témoignent, ni de celles qui travaillent à faire connaître la vérité. Leur parole compte. Je parle de nous lorsque nous ajoutons notre voix à la foule sans aider personne. Qu’apporte notre commentaire ? Qu’est-ce que le fait de partager encore cette vidéo produit en nous ?

« Ne jugez pas, pour ne pas être jugés. »

Matthieu 7:1

On cite parfois cette parole de Jésus pour empêcher toute correction. Pourtant, Jésus poursuit en parlant de la paille dans l’œil de notre frère et de la poutre dans le nôtre. Il demande d’enlever d’abord notre poutre pour pouvoir ensuite aider notre frère à retirer sa paille.

Il ne nous demande pas de prétendre que notre frère n’a rien dans l’œil. Mais de s’assurer que dans notre œil on ne trouve pas de poutre.

Et parmi nous qui avons commenté, partagé et condamné sa faute, combien sont déjà tombés au même endroit que lui ?

Parce qu’il est pasteur, sa responsabilité est plus grande et sa faute peut avoir des conséquences plus graves pour ceux qu’il devait conduire. Mais cela ne rend pas notre propre péché innocent. Si nous savions que c’était mal et que nous l’avons fait nous aussi, comment pouvons-nous parler comme si cette faute ne concernait que lui ?

Paul parle aussi de la responsabilité de l’Église face à la faute de l’un de ses membres. Reprendre quelqu’un peut être nécessaire. Mais il nous dit dans quel esprit le faire :

« Remettez-le dans le droit chemin en esprit de douceur ; mais prenez garde à vous-mêmes : vous pourriez être tentés, vous aussi. »

Galates 6:1

Cette dernière phrase me touche : prenez garde à vous-mêmes. Pendant que je parle de sa faute, est-ce que je regarde la poutre dans mon œil ? Est-ce que je crois que je suis incapable de tomber ?

Halte spirituelle

Qu’avons-nous fait de cette nouvelle ?

Avant de partager une vidéo sur la chute de quelqu’un, arrêtons-nous un instant. Avons-nous pensé à ceux que cette faute a blessés, à l’Église et à ceux qui cherchent encore Dieu ? Avons-nous prié pour que la vérité soit établie, pour que les autres responsables soient gardés et pour que cet homme reconnaisse ce qu’il a fait ?

Ou avons-nous seulement republié les vidéos, critiqué ce pasteur et ajouté nos moqueries aux commentaires ? En agissant ainsi, avons-nous donné à ceux qui regardent l’Église de l’extérieur une raison de plus de rejeter le christianisme, et peut-être même de s’en prendre à Dieu ?

Et mon cœur, dans quel état est-il ?

La chute de cet homme devrait aussi me ramener à moi-même. Est-ce que je me dis : « Lui est tombé, mais moi, ça ne m’arrivera pas » ? Sur quoi repose cette assurance ? Je ne sais pas où j’en serai dans cinq ans, dans un mois, ni même demain.

Est-ce que je nourris aujourd’hui une pensée, une habitude ou un désir que je minimise, mais qui pourrait me faire tomber ? Est-ce que je demande à Dieu de me montrer la vérité sur mon cœur ?

Je ne suis pas meilleure que celui qui est tombé. Seigneur, garde mon cœur.

Dieu peut relever une personne sans lui rendre son ministère

Je crois qu’il faut savoir dire à celui qui est tombé : « Ce que tu as fait est mauvais. Arrête-toi. Reconnais-le. Accepte d’être repris et d’en porter les conséquences. »

La Bible nous rappelle que ce qui est caché peut venir à la lumière.

« Rien n’a été caché, sinon pour être manifesté. »

Marc 4:22

Je ne sais pas ce que Dieu fait précisément dans la vie du pasteur dont j’ai vu la vidéo. Mais si quelqu’un entretient une faute dans le secret, j’aimerais lui dire : n’attends pas qu’elle soit révélée à tous pour revenir à Dieu. Va chercher de l’aide. Dis la vérité. Ne laisse pas ton image publique devenir plus importante que ton âme.

La Bible dit aussi :

« Sept fois le juste tombe, et il se relève. »

Proverbes 24:16

Ce verset n’efface pas le mal commis. Il ne donne pas à quelqu’un le droit de recommencer, puis de réclamer qu’on lui fasse confiance. Il me rappelle qu’une personne peut encore se tourner vers Dieu après être tombée.

Quand Nathan a confronté David, David a fini par reconnaître son péché. C’est ce que j’espère pour celui qui tombe : qu’il ne passe pas tout son temps à sauver sa réputation, mais qu’il dise la vérité et se repente. Dieu peut relever son âme, même si les conséquences de ses actes demeurent et même s’il ne remonte jamais à la chaire.

Et moi, où en est mon cœur ?

Je ne peux pas terminer en parlant seulement de cet homme. Je suis pécheresse, moi aussi. Je ne sais pas où j’en serai dans cinq ans, dans un an ou dans un mois. Sa chute ne me donne aucune raison de me croire plus forte que lui. Elle me pousse à demander à Dieu de me garder.

« Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. »

1 Corinthiens 10:12

Je pense que chacun de nous a besoin de prendre régulièrement du temps pour revenir devant Dieu. Nous pouvons choisir un rendez-vous chaque semaine et le respecter. Si nous le pouvons, nous pouvons aussi réserver parfois une demi-journée ou une journée de jeûne et de prière. Le jeûne n’est pas une condition pour venir à lui. Ce qui compte, c’est de prendre réellement ce temps.

Ce jour-là, j’aimerais ne pas commencer par la liste de mes demandes. Ne pas demander d’abord une idée pour écrire, une parole à donner ou une bénédiction pour mon service. Simplement dire : « Seigneur, aujourd’hui, je viens pour toi. Montre-moi ce qu’il y a dans ton cœur. Montre-moi ce que tu attends de moi. Et sonde mon cœur. Montre-moi ce que je suis en train de laisser grandir alors que je devrais y faire attention. »

C’est ce que j’aimerais apprendre en voyant quelqu’un tomber. Dire la vérité sur sa faute. Prier pour ceux qu’il a blessés. Refuser de couvrir le mal, mais refuser aussi d’y prendre plaisir. Prier pour les responsables qui sont encore debout.

Et demander, pour moi-même : « Seigneur, garde-moi près de toi. »

Temps de réflexion personnelle

Prends un moment avec Dieu

Si cela t’aide, prends ton journal et réponds avec sincérité à ces questions :

  1. Quand j’apprends la chute de quelqu’un, qu’est-ce que je fais en premier ?
  2. Est-ce que j’écoute les personnes blessées sans chercher à défendre automatiquement celui que j’admire ?
  3. Est-ce que je prie pour mes pasteurs, mes prêtres et les autres responsables, y compris pour leur cœur ?
  4. Est-ce que je connais assez la Parole de Dieu pour examiner ce que l’on m’enseigne ?
  5. Quel péché ou quelle petite habitude suis-je en train de minimiser dans ma propre vie ?
  6. Quand ai-je passé du temps avec Dieu simplement pour être avec lui ?

Prière

Seigneur,

J’ai mal quand je vois l’un de tes enfants tomber. Et parfois, j’ai peur, parce que je sais que je peux tomber moi aussi.

Aide-moi à ne pas fermer les yeux sur le mal. Donne à ceux qui ont été blessés la possibilité d’être entendus et d’obtenir justice. Conduis celui qui a péché à reconnaître ce qu’il a fait, à se repentir et à en assumer les conséquences.

Garde ceux qui servent ton Église. Entoure-les de personnes qui sauront les soutenir et leur dire la vérité.

Et sonde mon cœur, Seigneur. Montre-moi ce que je commence à excuser. Quand je passe plus de temps à préparer ce que je vais faire pour toi qu’à rester dans ta présence, ramène-moi à toi.

Je veux te chercher pour toi-même. Apprends-moi à marcher près de toi, un jour après l’autre.

Amen.

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